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L’histoire de la Ac Cobra 427 S/C débute au tout début des années 1960, lorsque Carroll Shelby, ancien pilote texan devenu préparateur, a une idée révolutionnaire : installer un moteur américain dans un châssis britannique léger. Il convainc le constructeur anglais AC Cars de lui fournir la base de son roadster AC Ace, puis obtient de Ford le moteur V8 qu’il y greffera. La première Cobra 260, suivie de la 289, remporte rapidement un immense succès, notamment en compétition, où elle défie Ferrari sur les circuits européens.
Carroll Shelby pilotait avant de construire les Ac Cobra
Mais en 1964, la concurrence devient rude : Ferrari, Corvette et Jaguar gagnent en puissance. Shelby comprend qu’il faut frapper un grand coup. Ford lui livre alors un moteur de 7 litres, le monstrueux V8 427 “Side Oiler”, dérivé de la NASCAR, capable de dépasser les 500 chevaux. Ce moteur, beaucoup plus large et plus lourd, oblige AC à concevoir un châssis entièrement nouveau, plus large de 10 cm et construit autour de tubes ronds de 4 pouces de diamètre, avec une suspension indépendante aux quatre roues.
Ken Miles et sa Shelby Cobra n°98
La Cobra 427 Competition est née en 1965 : brutale, inarrêtable, mais presque trop extrême. Elle accélère de 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes — un record pour l’époque. Shelby en prévoit une série pour la course, mais les changements de règlements FIA empêchent son homologation. Résultat : plusieurs châssis “Competition” restent invendus dans les ateliers de Los Angeles.
Ken Miles dans son Ac Cobra de compétition
Plutôt que de les laisser dormir, Shelby a une idée de génie : les convertir pour la route tout en conservant leur âme de voiture de course. Ces modèles deviennent les fameuses Cobra 427 S/C (“Semi-Competition” ou “Street/Competition”). Elles gardent presque tout du modèle compétition : les side pipes latéraux, l’arceau simple derrière le pilote, les jantes Halibrand à écrou central, le capot bombé avec prise d’air, le radiateur d’huile et le pont arrière Salisbury.
Carroll Shelby Texas lover
Miles et Shelby au MansÂ
Aujourd’hui encore, la 427 S/C représente l’essence de la Cobra : la fusion parfaite entre la démesure américaine et la finesse britannique — une voiture sans compromis, symbole d’une époque où la passion comptait plus que la raison.
Le châssis est signé AC Cars, une petite marque anglaise spécialisée dans les roadsters raffinés. Mais quand Shelby y a greffé un monstrueux V8 Ford FE 427 cubic inches (7,0 litres), la bête s’est transformée en légende. Avec plus de 425 chevaux dans sa version route, et bien davantage en configuration compétition, la 427 représentait le graal de tout passionné d´automobile sportive. Au milieu des années 60, c’était absolument terrifiant.
En réalité, ces voitures étaient des châssis prévus pour la course, mais homologués pour la route après que Shelby n’ait pas réussi à en vendre assez aux équipes de compétition. Résultat : une voiture de course… avec des plaques d’immatriculation.
Ken Miles et Carroll ShelbyÂ
Visuellement, la 427 S/C se reconnaît à ses ailes gonflées, ses side pipes latéraux rugissants, sa prise d’air béante sur le capot et son arceau unique derrière le conducteur. Elle respire la puissance brute. Chaque détail a une fonction : les entrées d’air refroidissent les freins, les évents latéraux évacuent la chaleur du moteur, et les jantes Halibrand à fixation centrale permettent des changements rapides sur circuit.
Sous le capot, le Ford 427 FE Side Oiler est une œuvre d’ingénierie. Ce moteur dérivé de la NASCAR intègre un circuit de lubrification latéral assurant un flux d’huile constant aux paliers de vilebrequin à haut régime. Résultat : une fiabilité étonnante malgré une violence mécanique extrême. La boîte manuelle Top Loader à 4 vitesses complète ce caractère brutal, sans filtre ni assistance.
Sur la route, la Cobra ne se conduit pas, elle se dompte. Le moindre appui sur l’accélérateur déclenche une poussée sauvage, accompagnée d’un rugissement métallique inimitable. Avec ses suspensions indépendantes et son pont arrière Jaguar, elle offre pourtant une précision surprenante pour une voiture de cette époque.
L’intérieur est minimaliste : deux compteurs SMITHS, un volant bois Moto-Lita et un levier Hurst prêt à bondir. Pas de fioritures, juste le nécessaire pour sentir la mécanique vibrer.
Ken Miles et son Ac Cobra
Aujourd’hui encore, la Cobra 427 S/C reste une référence absolue en matière de sensations. Elle symbolise une époque où l’audace primait sur les normes, où le poids plume et le couple titanesque faisaient la loi. Peu de voitures modernes peuvent rivaliser avec son charisme.
La Cobra 427 S/C, c’est le grondement de l’Amérique dans un corps anglais — un monstre d’aluminium et d’acier, né pour faire frissonner tous ceux qui osent tourner la clé.
Piste de Laguna Seca Ac Cobra 198